Manuel Meszarovits consacre une chronique détaillée à Crise Collatérale. Son analyse revient sur la construction chorale, le suspense, les personnages, l’écriture, l’opposition entre les chiffres et les mots, les objets qui traversent le récit et la transmission qui en constitue le fil conducteur.
Une fresque à quatre foyers, de Los Angeles au camp de Dadaab
« Saren Riso ne construit pas un récit, il tend un réseau. »
« La réussite tient à la précision documentaire de chaque décor. »
« Chaque détail sensoriel fonctionne comme une preuve à charge. »
« L’architecture d’ensemble évoque celle d’un montage alterné. »
« Le lecteur comprend les liens avant les protagonistes, il assiste à la mécanique depuis la salle des machines. C’est une position inconfortable et follement efficace, celle du témoin qui voit la vague se former pendant que les baigneurs regardent ailleurs. »
Le Vingt, cette date qui aimante tout le roman
« Une horloge commune, invisible aux protagonistes, parfaitement lisible pour nous. »
« Le procédé donne au roman sa colonne vertébrale et son suspense. Chaque chapitre rapproche imperceptiblement l’aiguille. »
« Il y a un centre de gravité, et tout y converge. »
« Le lecteur attentif finit par relever le nombre partout. »
« Cette insistance, loin d’alourdir, produit un effet d’écho quasi musical. »
Une galerie de voix qui ne se croisent presque jamais
« La distribution du roman impressionne par son amplitude sociale. »
« Ce qui frappe, c’est le refus de la caricature. »
« Saren Riso accorde à chacun une part d’ombre et une part de dignité, ce qui est la définition même du regard romanesque. »
« Le lecteur se demande jusqu’au bout qui tient réellement la plume, et cette question devient un plaisir de lecture supplémentaire. »
Une écriture brève, construite sur le souffle et la reprise
« Cette mise en page verticale, presque poétique, transforme la lecture en descente. On ne parcourt pas le texte de gauche à droite, on tombe dedans. »
« L’anaphore constitue l’autre grande signature stylistique. »
« Le texte se souvient de lui-même et invite le lecteur à s’en souvenir avec lui. »
Les chiffres d’un côté, les mots de l’autre
« Saren Riso ne tranche pas naïvement en faveur du second camp. »
« Et c’est là que le livre devient le plus tranchant. »
« Saren Riso ne prétend jamais qu’il suffira. C’est justement cette lucidité, ce refus de la solution facile, qui rend la position finalement convaincante. »
Ces objets minuscules qui portent la mémoire du récit
« Peu de romans accordent autant d’attention aux choses. »
« Ils constituent le système de correspondances du roman, sa grammaire secrète. »
« Le procédé produit un plaisir de lecture rare. »
« Saren Riso mise sur la mémoire du lecteur et la récompense généreusement. »
La transmission comme véritable fil conducteur
« Derrière l’enquête sociale et la mécanique du compte à rebours se cache le sujet réel du livre, et il est plus lumineux qu’on ne l’imaginait. »
« Ce que Saren Riso met en scène, c’est la circulation lente d’un héritage immatériel. »
« On referme Crise Collatérale avec la sensation d’avoir tenu entre les mains un roman généreux, exigeant sans être austère, documenté sans être didactique, qui parie sur l’intelligence de son public et sur la possibilité, modeste mais réelle, qu’une conscience se transmette. »